Ramuntxo Camblong

Publié le par LEMA

Le romantisme abertzale ancré dans la réalité

 

 

Ramuntxo Camblong

Comment êtes-vous devenu abertzale?

Je crois que la première étincelle eut lieu en juillet 1960 à Espelette. C’était une réunion d’étudiants basques en été. Des aînés étaient là :Michel Labeguerie, Michel Burucoa, Ximun Haran, Jokin Inchausti, les frères Onaindia, etc. A la fin du repas, Labeguerie a pris la parole et a lancé des paroles de feu décrivant combien les étudiants, de par le monde, dans beaucoup de pays, par leur engagement politique étaient en train de changer le destin de leur peuple ou de leur pays. Puis il a évoqué les figures de Sabino Arana et J.A. Aguirre et a demandé aux étudiants basques de s’engager pour leur pays.

J’étais assez bouleversé. Je venais de passer un an à Paris et j’étais venu à cette réunion dans l’intention de connaître d’autres étudiants basques, car à Paris je ne connaissais personne du Pays Basque, sauf ma logeuse qui était de Louhoussoa. Et c’est ainsi qu’à la fin de l’été, je suis reparti à mes études d’ingénieur électronicien avec de nouvelles idées et des noms et adresses qui me serviraient lors des années suivantes. Ma mère m’envoyait “Herria” et lorsque je recevais Enbata (d’abord avec un “m”), c’était pour moi une fête.

   

Je communiais pleinement aux idées qui y étaient exprimées et c’est ainsi que j’ai appris ce qu’était le Zazpiak Bat, Euskadi, ce qu’avait été la guerre de 1936, les raisons pour lesquelles beaucoup de jeunes Basques de mon âge émigraient, quelles étaient les difficultés de développement du Pays Basque Nord et déjà on sentait que la langue était en train de se perdre. Ximun Haran faisait une recompilation des chants basques. J’avais eu le chamoine Lafitte comme professeur de littérature et j’avais beaucoup aimé sa liberté d’esprit. Grâce à lui j’adorais la littérature bien qu’étant destiné à des études scientifiques. Et là, dans Enbata, numéro après numéro, il nous a fait un cours de littérature basque.

Il en était de même d’Eugène Goyenetche pour l’Histoire : les cromlechs, Ronceveaux, la Navarre, Matalas, les frères Garat, Chaho, etc... dont je n’avais jamais entendu parler. Et puis petit à petit ont émergé Jacky Abeberry, le plus politique de tous et le sage Jean-Louis Davant, précurseur des articles d’économie. Grâce à Abeberry, par ses articles, j’ai appris ce qu’était l’Aberri Eguna, la figure inoubliable de J.A. Aguirre et qu’une nouvelle jeunesse allait reprendre le flambeau de l’abertzalisme en Hegoalde et qu’il fallait nous organiser et communiquer.

J’ai eu la chance de participer le 15 avril 1963 au premier Aberri Eguna public d’Iparralde à Itxassou (une date que je n’ai jamais oubliée) et j’y ai revu Monzón que j’avais connu lors d’une pièce de théâtre à Hélette. Les orateurs du matin furent Haran, Abeberry et Davant et ceux de l’après repas Labeguerie et Monzón. Tout me parut magnifique, clair et évident. Notre pays Euskal Herria s’émanciperait et retrouverait l’unité dans l’Europe des Peuples. Les chants de Labeguerie étaient sur toutes les lèvres. “Gu gira Euskadiko...” Mais il fallait aussi vivre.

Etait-il possible de revenir au Pays Basque Nord après des études d’électronique? Ce n’était pas évident. Et j’ai connu Pierre Charritton qui m’apparut comme un prophète pragmatique. Directeur des Ecoles techniques et agricoles d’Hasparren, il s’était engagé avec la foi d’un pionnier dans la réalisation de ces deux objectifs. Hasparren abritait beaucoup de jeunes qui y croyaient. Il connaissait l’école professionnelle de Mondragón. Les premiers réfugiés du Sud aussi étaient là.

Pendant les vacances (surtout l’été), on allait vendre Enbata à la sortie des églises dans les villages. Il me semble que beaucoup n’y comprenaient rien, d’autres étaient carrément hostiles et les injures pleuvaient “Españolak, Enbata zikina” et des fois des crachats!! La nuit, on peignait les murs de ponts ou des hangars près de la route “4+3=1, 7=1”. “Où allez-vous? Peindre les murs du pays Basque”nous disait la mère d’un ami en nous voyant nous rassembler à la tombée de la nuit (comme les contrebandiers). Il nous est arrivé au petit matin de voir le regard ahuri d’un habitant ouvrant ses volets et découvrant nos slogans sur le mur d’en face, là où la veille, il n’y avait rien.

C’étaient les premières actions des militants d’Enbata dans les années 60. Et vinrent les premiers interrogatoires des Renseignements Généraux. Nous avons aussi organisé un stage de formation sur l’Histoire, l’économie, la politique, le fédéralisme du Pays Basque. Et des amitiés durables s’y sont forgées. Les premiers réfugiés eurent un impact énorme sur nous, ignorants complètement la situation en Pays Basque Sud : Txillardegi, Madariaga, Benito del Valle, mais aussi Eskubi, Bilbao, déjà formés et informés des mouvements de libération dans le monde.

EAJ-PNB, c’était l’histoire pas le présent. C’étaient les années de la découverte. Très vite, arriveraient les premiers drames : expulsion des refugiés hors du Pays Basque, protestations, arrestations au Sud... Il y avait un fameux procès que Janik Aramendy décrivit magistralement: “Hemen Euskadi” devant un Tribunal complètement désarçonné par les interventions de beaucoup de prêtres, le juge confondant le latin avec l’euskara, bien sûr langue exclue du Tribunal, de maires ou d’autres personnalités du Pays Basque qui apportaient leur témoignage simple et vrai. Ce serait le premier d’une longue série, puisque 45 ans plus tard ça continue encore. Il aurait beaucoup d’impact sur la population.

Et puis bien sûr il y eut les élections de 1962. Etant étudiant à Paris, je n’en ai reccueilli que des échos, sauf en 1967 et 1968 où j’étais présent. 1962, c’était la victoire triomphale de Labeguerie (Un nationaliste basque à la chambre des députés, titre Europe 1). Mais lui voulait faire une carrière politique au service du pays (comme Errecart) alors que nous attendions un leader conforme à notre idéal romantique et ce sera la cassure. Il reprendra la chant avec des morceaux magnifiques “Nafarroa”, “Parisen eta Madrilen” et beaucoup de poésie (“Xorieri mintzo zen”) et assistera avec Etienne Sallaberry (notre meilleur politique a dit Jean- Louis Davant) à l’installation du Parlement Basque à Gernika.

Pourquoi aviez-vous rejoint EA lors de son implantation en Pays basque nord ?

J'ai rejoint EA en 1987 pour plusieurs raisons. D'une part, je pense depuis les années 70 où j'ai mieux connu le Pays basque à mon retour de Paris que s'il doit y avoir une nation basque, une identité basque vivante dans le monde, ça ne peut se faire que sur l'ensemble du Pays basque (Nord et Sud avec Euskadi et la Navarre). Ensuite beaucoup d'amis que je connaissais ont rejoint EA au moment de la scission Pierre Xarritton, Michel et Ines Larroulet, Jean Claude et Isabelle Larronde, Edurne Epalza et beaucoup d'autres. Ils m'ont demandé de les rejoindre.

Garaikoetxea représentant la modernité, il voulait faire d'Euskadi un pays avec une administration plus rationnelle (en apparence) en fait plus centralisé. J'ai mis du temps à comprendre les avantages du fédéralisme interne des territoires d'Euskadi et l'attachement des habitants, chacun à l'institution de leur province (la Diputacion et les mairies). Nous étions quand même de culture politique « française » comme le sont les mouvements politiques actuels d'Iparralde.

A force de fréquenter Hegoalde, j'ai compris la culture politique qui y existait et qui est directement issue des institutions que les Basques se sont donnés du 14ème au 19ème siècle. Evidemment cela a beaucoup évolué mais il reste un esprit, une culture politique basque, hélas en grande partie perdue en Iparralde, soumis à la culture jacobine française et au combat droite/gauche permanent. Nous n'étions pas très bien informés de ce qui se passait au Sud et puis surtout je travaillais beaucoup à Copelec puis comme Président de l'UR SCOP et à ce titre il fallait être présent à la Confédération des SCOP à Paris (au bureau) une fois par mois et aussi au Comité Economique et Social d'Aquitaine.Ceci a duré de 85 à 95.

Je me rappelle qu'en 1992 lors d'une réunion sur les infrastructures, j'avais présenté un amendement en séance plènière demandant qu'il y ait une connexion entre le TGV Aquitaine (qui apparaissait pour la première fois) et le projet de l'Y basque qui venait d'être présenté. Personne n'était au courant (moi, je lisais quand même la presse du Sud de temps en temps, surtout Deia). Ce fut adopté à l'unanimité à ma grande satisfaction en 1992 !!! Je me rappelle des félicitations de Forgues (Port de Bayonne), de Barthaburu (Tourisme) et autres d'Iparralde pour cette initiative bien reçue par des esprits qui commençaient à regarder au delà des limites de l'Hexagone. A suivre…

 

Publicité

Publié dans Alderdikide

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article