Imaz: “Europarengan sinisten dugu. Mugarik gabeko Europan”

Publié le par LEMA

ARGAZKIA: Ramuntxo Camblong eta Josu Jon Imaz Lema Egunean

Eskual herriko lagunok, arratsaldeon guztioi, bonjour:
Je voudrais tout d'abord remercier l’organisation de LEMA pour l'opportunité que m'est donnée aujourd’hui d'exprimer mes idées, mes réflexions, malheureusement peut-être pas mes réponses, sur le sujet dont je dois parler aujourd'hui: la mondialisation, l’Europe et l’influence de ce processus sur les régions et le local, et bien sûr, l’influence de cette réflexion sur l'avenir d'une euro-région, le Pays Basque, partie intégrante d’une Europe que se construit jour après jour.
La réalité qu’il nous est donné de vivre constitue un point d’inflexion dans l’histoire. Entre les siecles XVI ème et XVIII ème les marchés élargis et l’uniformisation culturelle et linguistique, forgent peu à peu l’Etat-nation comme structure politique. Aujourd’hui les technologies de l’information modifient de manière qualitative les sociétés et leurs réseaux de relations. Certaines des caractéristiques les plus significatives de l’époque actuelle ont à voir avec l’extraordinaire capacité à stocker de l’information, avec l’immédiateté de sa transmission d’un lieu à un autre à la surface de la terre, ainsi qu’avec la possibilité illimitée d’y avoir accès et de la prolonger depuis et vers toute personne et/ou communauté, indépendamment de sa dimension. Et il serait naïf de penser que cette société de l’information ou de la connaissance comme on a coutume de la dénommer, conservera immuables ses structures politiques et ses formes d’organisation.
Les conséquences de la révolution technologique sont palpables dans l’économie, dans le phénomène que l’on connaît comme la mondialisation. Sa manifestation la plus visible est la mobilité : mobilité des produits dans le monde entier, mobilité de services en tous genres (financier, technologique, juridique, etc.), mobilité des capitaux.
Des experts mondiaux en prospective s’accordent à reconnaître que l’information est en train d’éroder et de transformer l’Etat-Nation classique en tant que structure politique. Des marchés plus vastes exigent des structures supra étatiques, dans la mesure où la régulation du marché implique des niveaux de décision sur le plan environnemental, social, fiscal et même monétaire. On pourrait dire que les structures rigides -et les Etats-Nations à la manière du XIXe
le sont- portent en elles l’anachronisme d’être trop grandes pour aborder les problèmes mineurs et trop petites pour régler les problèmes de plus grande envergure.
Précisément, voilà ce qui pousse fondamentalement à la création d’espaces "régionalisés" dans le monde développé, dont les exemples sont l’Union européenne, le Mercosur, le Traité de Libre Commerce et l’ASEAN. Il en est parmi eux, c’est le cas de l’Union européenne, qui acquiert le caractère d’une structure politique macro étatique, dotée d’un marché intérieur consolidé, d’une monnaie unique, de niveaux de mise en œuvre d’un espace policier et judiciaire. Et même d’une sécurité commune encore dans les limbes.
Parallèlement à ce phénomène, un autre est à l’œuvre au niveau mondial. Il s’agit de celui que nous appellerions les nationalismes des peuples sans Etat et que certains auteurs appellent la renaissance des Etats-région. Leur première motivation issue en droite ligne du phénomène de la mondialisation est le sentiment connu comme "le besoin de racines". Dans un monde transnational, ouvert, d’une dimension passablement éloignée de la perception de l’individualité humaine, les êtres humains ont besoin de trouver leurs racines dans un environnement avec lequel ils s’identifient, sans lequel ils ne se comprennent plus eux-mêmes.
Dans une société et une économie mondialisées, la grande taille a cessé d’être un avantage. A présent que l’argent et l’information sont devenus transnationaux, les petites unités peuvent être économiquement viables.
Intéressant travail de prospective publié en 1992, le rapport du Club de Rome "La première révolution globale" analyse ces deux tendances. L’ancienne, centraliste et uniformisante et la plus moderne, centrée sur les identités culturelles et sur les niveaux nationaux de libre adhésion. Un rapport qui signale que : "L’apparent conflit résulte de la difficulté à les réconcilier dans le cadre du système politique existant, qui est assis de manière rigide sur le modèle d’Etat-nation. Ce dont on a besoin, c’est d’une reformulation des niveaux appropriés de prise de décisions afin de rapprocher le plus possible les lieux de décision de ceux qui profitent ou pâtissent de leurs conséquences".
Pour nous les Basques, cette réflexion est à tout à fait intéressante. Au Pays basque péninsulaire, l’autogouvernement a été crucial pour nous dans ce contexte-là. Tout d’abord il faut souligner l'importance que la création des institutions basques en Hegoalde, et les outils de l'autogouvernement ont eu dans la société du Pays basque Sud. La capacité propre de décision, les possibilités d’adapter les ressources aux besoins, le formidable effort qu'on a fait pendant les dernières quinze années au niveau d'infrastructures, que peut-être quelques-uns d'entre vous connaissent bien et dont l’accord sur le réseau ferroviaire est le dernier pas, le réseau des centres technologiques et universitaires qu'on a créé en partant de presque rien, les programmes d'appui à l'industrie à tous les niveaux, les mesures fiscales pour rendre attractif l'investissement, tout cela est aussi à l'origine de l'adaptation du tissu économique et social d’Hegoalde à la nouvelle réalité européenne.
Et l'outil qui a permet tout cela, est le Statut de Gernika et ce qu'on appelle le « Concierto Economico », qui est le régime fiscal souverain et particulier que les quatre territoires de la Communauté Autonome du Pays basque et la Navarre, ont développé. Ceci nous permet de recueillir tous les impôts, sur le revenu, le capital, les bénéfices des entreprises, les TVA et les impôts spéciaux, et la définition des niveaux d'impôts adaptés à notre réalité économique et créateurs de richesse et d'activité dans notre environnement économique et social.
Le gouvernement d’Euskadi et les Diputaciones recueillent tous les impôts, et après une évaluation des services fournis par le Gouvernement Central de l'Espagne (Politique extérieure, armée etc.), on paie une quantité annuelle appelé Cupo, et tout cela a permis aux administrations d’Euskadi de gérer environ 12.000 millions d’euros.
Au cours de ces 25 ans, le développement technologique a dynamisé notre économie. Il a surtout modifié la société. Les mœurs et les habitudes de vie, les relations sociales ou internationales sont devenues différentes dans un monde interconnecté. On parle ouvertement des changements technologiques promus par les technologies de l’information et de la communication. Et plus concrètement, de leur répercussion sur les sociétés, sur les structures politiques, sur l’Etat nation et sur des concepts comme la souveraineté.
Dans un monde élargi, dans lequel on opte pour les grands espaces, dans lequel l’Europe, malgré les obstacles opposés par des dirigeants dont on peut constater l’étroitesse de vues, avance vers l’union politique et une Constitution commune, il en est pour penser qu’il n’y a plus d’espace pour ce qui est petit, qu’il ne reste pas de place pour des gens qui, comme nous, cherchent la reconnaissance et le développement d’une petite peuple au sein du concert européen.
Cependant, sans ignorer l’indéniable processus de globalisation qui se produit sous nos yeux, les données objectives démontrent précisément le contraire : que le petit est la dimension qui s’adapte le mieux à ce nouvel équilibre mondial. La grande taille et les économies d’échelle cessent d’être aussi un facteur de compétitivité pour les nations, et ce qui est petit, montre une meilleure adaptabilité aux transformations accélérées de la nouvelle société. De jeunes PME se transforment presque du jour au lendemain en leaders mondiaux avec un bon produit. L’Europe se compose de plus d’Etats que jamais dans les 150 dernières années, et des nationalités, régions et communautés homogènes émergent en réclamant un plus haut degré d’autogouvernement, dans l’idée de pouvoir offrir davantage de bien-être pour leurs citoyennes et leurs citoyens.
Dans un monde nouveau constitué en réseau devient réalité une dualité qui n’aurait jamais été imaginable auparavant. D’un côté, les distances et les frontières disparaissent. Mais de l’autre, disparaît aussi le concept de centre et de périphérie, de grand et de petit.
Nous sommes à la veille de nouvelles transformations. Qui sont autant d’opportunités et de menaces, en définitive, pour un nationalisme comme le nationalisme basque, qui s’efforce de préserver et de développer une identité dynamique. Il est important pour nous de bien l’analyser pour tracer notre propre sillon. L’enjeu n’est autre que de transmettre correctement le relais aux générations suivantes. L’objectif n’est autre que d’être en mesure de laisser à nos enfants une société dans un meilleur état de construction et de développement que celui dont nous avons hérité.
C’est pour cela que le projet européen et notre propre participation depuis Euskadi, est une autre de nos aspirations. Dès 1937, le lehendakari Agirre participa avec Landaburu et sa génération à l’embryon de ce mouvement européiste qui devait donner naissance à l’actuelle Union européenne.
Si nous analysons la vie des pères du projet européen, comme dans le cas des Schuman, De Gasperi ou Adenauer, il est une chose que tous trois ont en commun : ils vécurent dans leur chair l’absurdité des frontières. Schuman alors au gouvernement français fut le père de l’idée à l’origine de l’Union européenne, haut commissaire en charge du charbon et de l’acier. Son père était de Lorraine du temps où la région appartenait à la France. Cependant Schuman est né allemand après 1876 et la guerre entre la France et la Prusse. Des années plus tard, en 1918, il devient français et, en 1940, redevient allemand quoique à peine quatre ans plus tard, en 1944, le voilà à nouveau français. A vrai dire, il ne cessa d’être lorrain, indépendamment du fait que les guerres lui firent changer plusieurs fois d’Etat. Il eut à subir les frontières, qui ne sont rien d’autre que les cicatrices des histoires guerrières.
De Gasperi, l’autre père de l’Europe, fut président italien. Au Parlement autrichien de Vienne, on peut encore voir un siège sur lequel est conservée une plaque. Celle-ci rappelle que De Gasperi s’y assit en tant que député. Il était en effet originaire du Trentin, une région qui avec le sud Tyrol autrichien, devint italienne en 1918.
De même, le chancelier allemand Adenauer était originaire de Rhénanie. Une zone qui eut à subir la démilitarisation internationale après 1918. Tous étaient hommes de frontière. Tout comme le Lehendakari José Antonio Agirre qui, en sa condition de Basque, était originaire d’un pays déchiré par une frontière. Une partie dans l’Etat espagnol. Une autre dans l’Etat français. Uniquement séparées par une cicatrice de l’histoire qui rendait étrangers nos frères de l’autre côté de la Bidassoa.
Voilà pourquoi nous croyons dans l’Europe. Dans une Europe sans frontières. Nous ne voulons pas d’autres frontières. Nous les avons trop subies comme pour faire reposer notre destin sur elles et sur les Etats-nations. Nous souhaitons voir disparaître celles qui existent. C’est pourquoi nous croyons dans un espace commun, qui respecterait toutes les nations, les peuples, les régions, les cultures et les langues qui existent en son sein. L’Europe qui se construit va nous offrir de nouvelles voies et notre projet de Pays basque entrera de plain-pied dans les possibilités et les scénarios que le nouveau cadre européen va nous ouvrir.
Nous croyons dans une Europe dans laquelle le Pays basque serait respecté et nous apporterons notre pierre à ce patrimoine commun. C’est la raison pour laquelle nous serons toujours favorables à toutes les avancées, aussi petites soient-elles, qui seront faites dans cette direction. Il est positif que l’Europe ait sa monnaie unique et que nous puissions acheter en euros tant en Finlande qu’en Allemagne,tant en Iparralde qu’en Hegoalde. Il est positif que nous avancions dans le sens d’une politique extérieure européenne commune, de même qu’il est positif que nous possédions un espace judiciaire et de sécurité européen. Les délinquants et les mafias savent qu’il n’y a pas de frontières. C’est la raison pour laquelle il faut également qu’il y ait une coopération européenne dans ces domaines.
Ainsi, nous pensons qu’il est toujours intéressant d’accepter les avancées qui vont dans la bonne direction, même s’ils ne vont pas aussi loin que nous le voudrions. Nous avons besoin d’avoir le cœur chaud, la tête froide et les pieds sur terre. En Europe aussi. C’est pourquoi nous sommes favorables à une constitution européenne.
En rentrant dans le cadre de cette réflexion chez-nous, la société d’Iparralde demeure marquée par des rythmes politiques qui lui sont propres et souffre plus que jamais de ne pas exister en tant que telle dans l’espace administratif français. Cependant, de profondes évolutions sociales sont à l’œuvre (défense de l’euskara, développement local, "prise de conscience" des élus…). Le mouvement abertzale, dans sa diversité, est souvent le moteur, l’instigateur et même le catalyseur de ces évolutions, même si quelque type d’inertie continue de s’imposer. Mais il existe aussi une société civile très active et, bien souvent, innovatrice. Et cet immobilisme a été battu en brèche ces dernières années par le travail de la «plate-forme BATERA» et la mobilisation en faveur d’un département spécifique.
Batera a été et reste important parce que le mouvement pro-département a réussi à structurer le discours politique en Iparralde. Chaque candidat, chaque élu, chaque leader d’opinion se voit désormais obligé de se positionner sur la question du département Pays basque.
D’un autre coté, conscient des paralysies qui bloquent la société française, on commence, au nom de la "gouvernance" (démocratie participative au niveau local), à parler de la proximité et de l’efficacité administrative.
Ne nous y trompons pas. Même si dans le contexte de la France, il s’agit d’une "mini révolution", dont les effets ne seront visibles qu’à long terme et on peut espérer qu’il permette de rompre le moule de l’"uniformité jacobine", ne nous berçons pas d’illusions à court terme. Nous avons toutefois l’opportunité de commencer à construire cet avenir-là avec trois objectifs :
-Tout d’abord la survie de l’Euskara et la culture basque..
-Deuxièmement la coopération transfrontalière, ce qui veut dire, une véritable coopération entre Iparralde et Hegoalde. Entre nos sociétés. Car nous avons besoin de nous connaître, de nous rencontrer, en vue de construire ensemble une véritable euroregion basque.
-Finalement, une institution politique qui recouvre les territoires d’Iparralde pour mieux répondre aux besoins des citoyens, avec une reconnaissance institutionnelle, de compétences réelles, y compris en matière de questions réglementaire et législatives, d’une véritable capacité budgétaire et une volonté de développer ses relations avec Hegoalde dans le cadre européen. Et l’accord signé le 1er mars est un pas important dans le cadre de la coopération transfrontalière.
J’ai beaucoup parlé du cadre européen. Une dernière réflexion sur ce sujet-là. L’élimination des barrières physiques des Etats, la disparition des barrières douanières, la perte de compétences des Etats dans le cadre de l’Union européenne, l’encouragement des programmes de coopération transfrontalière, la promotion interrégionale, promulguée de Bruxelles ouvrent de nouvelles opportunités, inespérées il y a peu, offrant de nouvelles formules de coopération entre les Territoires basques de part et d’autre de la Bidassoa. En ce sens, des faits comme l’implantation de l’euro, monnaie unique en Iparralde et en Hegoalde, facilitent les relations des partenaires économiques et sociaux de part et d’autre de la Bidassoa.
Voilà pourquoi nous croyons dans l’Europe. Dans une Europe sans frontières. Nous ne voulons pas d’autres frontières. Nous en avons trop souffert pour faire reposer notre destin sur elles et sur les Etats-nations. Nous souhaitons voir disparaître celles qui existent. C’est pourquoi nous croyons dans un espace commun, qui respecterait toutes les nations, les peuples, les cultures et les langues qui existent en son sein. L’Europe qui se construit, va nous offrir de nouvelles voies et notre projet de Pays basque entrera de plain-pied dans les possibilités et les scénarios que le nouveau cadre européen va nous ouvrir.
Le projet européen, et Euzkadi se doit d’être partie prenante de ce projet, est l’une de nos grandes aspirations. C’est la raison pour laquelle nous croyons à un espace commun, qui respecte toutes les nations, pays, cultures et langues qui existent en leur sein. Une Europe dans laquelle Euskal Herria sera respectée et dans laquelle nous apporterons ce qui est nous est propre à ce patrimoine commun.
Comme tout défi, le projet européen oblige aussi à une reformulation des niveaux de décision et du cadre de relations que nous entretenons avec notre environnement. Des perspectives s’ouvrent, peut-être complexes, mais non moins intéressantes pour cet horizon de construction d’une euro région basque réelle, au XXIe siècle. Faisant partie d’une Europe qui recherche la paix, la liberté et le bien-être de toutes ses citoyennes et ses citoyens. Les Basques, nous voulons apporter et contribuer à la construction d’une Europe qui s’enrichisse de la diversité des nations, des cultures, des langues et des patries en son sein. Où la nation ne divise pas, mais crée un lien entre les personnes.
Eskerrik asko.
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Publié dans LEMA

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