La Pravda a changé de nom : elle se nomme Enbata. En effet les articles sur la politique en Hegoalde non seulement sont fréquemment très éloignés de la réalité mais sont souvent de la manipulation grossière. Ainsi sous le titre "PSOE, PP, PNV", on peut lire dans le dernier numéro :
A l'appel du groupe "Gesto Por La Paz", les trois partis politiques ont défilé le 10 février dans les rues de Bilbao sous le thèmes "c'est notre droit, paix et liberté, ETA non." (...) La présence du président du sénat espagnol, Javier Rojo, aux côtés de la présidente du parlement basque, Izaskun Bilbao et du leader du PP de Biscaye, Antonio Basagoiti, a été particulièrement remarquée.
"L'unité présentée affichée à l'occasion de cette manifestation est une bonne nouvelle" a déclaré Josune Ariztondo. C'est donc sans aucun état d'âme que le PNV affiche ses nouvelles alliances. Vieil atavisme ou mouvement pendulaire, pour le parti d'Imaz, il est évidement plus facile de marcher aux côtés des espagnolistes que de faire l'effort de maintenir une coalition entre abertzale au Pays Basque Nord.
Quand on lit ça on a envie de crier, EAJ-PNB traître, voire pire... Le seul problème c'est que tout ça est faux. De la manipulation totale, du mépris du lecteur. Voyons pourquoi.
Relevons d'abord les erreurs volontaires de ce publi-reportage visiblement à la solde de Batasuna : tout d'abord il n'y avait pas que le PNB, le PSE (Patxi Lopez, Rodolfo Ares porte-parole du PSE d' Araba, etc) et le PP à cette manifestation mais il y avait aussi, sans parler du syndicat UGT-Euskadi, deux autres partis, le parti indépendantiste basque EA (Rafa Larreina) et le parti fédéraliste EB (Julia Madrazo, Jose Ramon Urrutia, Mikel Arana etc.). Cet oubli, minutieusement orchestré, montre bien le besoin de nuire au PNB. Donc 5 partis et non 3. Mensonge étonnant, non ?
Ensuite cette manifestation de protestation contre la violence n'est pas une manifestation de protestation contre la violence appelée suite aux événements mais est une commémoration annuelle de la "Journée Internationale de la Paix et de la non-violence" sous la coordination de Gesto por la Paz. Second mensonge. Pourquoi donc ?
Mais surtout comment ne pas s'étonner, à travers ce texte si orienté comme toujours dans Enbata, de la haine soudaine de Batasuna pour le PSE et le PSOE alors que jusqu'au 30 décembre ils étaient les meilleurs amis du monde, qu'ils avaient des liens semi-secrets et des contacts en permanence et qu'ils déclaraient avec orgueil n'avoir besoin de personne pour faire la paix ? ! C'est quoi ce "mouvement pendulaire" ?!
Comment ne pas s'étonner que ERC, l'équivalent de Batasuna en Catalogne, ait préféré le PSC à CIU pour mettre un président espagnol, J.Montilla à la tête de la Generalitat, plutôt que le catalan Artur Mas ? C'est quoi cet "atavisme" ?
Quant au PP, comment lui interdire de participer à une commémoration ? Comment hurler pour faire abroger, avec raison, la loi sur les partis et demander que le PP soit écarté de tout événement, comme du temps de l'apartheid ? Illogique ou ségrégationniste ?
En plus, si l'on veut la paix, notre analyste batasunisant d'Enbata pourrait regarder du côté de l'Irlande du Nord où cela a plutôt bien marché. Pourquoi ? Parce que le Sinn Fein qui dirige l'IRA (au contraire d'ici où ETA dirige Batasuna et manifestement l'observateur breveté d'Enbata) a commencé le processus de paix avec le Parti conservateur de John Major pour finir avec le Parti travailliste de Tony Blair.
C'est très beau de vouloir faire la Paix entre Basques mais il faudrait ne pas oublier l'Espagne, qu'on le veuille ou non. Et les propos de M.Josune Ariztondo ne concernaient que la proximité des dirigeants espagnolistes ce jour-là, alors qu'ils refusent de communiquer dans les Parlements, espagnols ou basques, et que le PP ne cesse d'invectiver le PSOE et de l'accuser de complicité avec ETA.
Conclusion :
1/ On voit bien qu'avec de tels propos, la gauche radicale essaie maladroitement et en vain de cacher son échec dans le processus de paix.
2/ L'échec de la coalition entre les 4 partis basques au Pays basque Nord est aussi à mettre sur l'ardoise déjà très lourde de cette gauche radicale basque : Batasuna en refusant de condamner l'attentat du 30 décembre a fait éclater l'éventuelle coalition. Et Batasuna doit assumer sans chercher à se dédouaner en permanence.
3/ Enfin la question de fond suivante pour les bloggeurs : si on ne connaît pas l'espagnol, doit-on nécessairement passer son chemin ou bien vaut-il mieux lire les pages Hegoalde d'Enbata, version française de Gara, organe de presse de Batasuna ? Cornelien comme choix ?
Pas tant que ça car la réponse est : il vaut mieux lire LEMA...